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Message par Sir Trystepain le Lun 26 Nov - 0:17

Ouvrage issu de la bibliothèque de Kamil Al'Azred

Légendes de la Guerre du Chaos, de la Victoire de l’Ordre et des Héros qui ont fait ce temps



Chapitre XVIII
Du conflit dans les Monts Oréliens
 
Il est à présent temps d’aborder ce qui sera sans doute le chapitre le plus controverser de cet ouvrage. Mais le souci de rigueur qui m’anime ne saurait me permettre de passer sous silence ces évènements qui furent d’importance pour le front qui s’ouvrit dans les Monts Oréliens.
Les évènements qui nous intéressent eurent lieu dans un endroit reculé alors que déjà la guerre faisait rage à travers les mondes et que d’innombrables légions luttaient pied à pied pour tenter de repousser les êtres maléfiques qui tentaient d’étouffer nos nations pacifiques naissantes. On ignore comment les infernales légions s’y prirent, mais il n’en resta pas moins que dans cette région reculée s’éveilla un mal comme aucun autre.
Ce ne furent pas des multitudes de créature vociférantes avides de destruction qui se déversèrent en ce lieu, mais un mal autrement plus insidieux et fil. Il corrompit petit à petit les terres alentours, puis toutes les créatures qui pouvaient y vivre, les modelant et les transformant pour en faire des outils bien plus propices à accomplir sa sombre volonté. Ils entreprirent de creuser dans le flan de cette haute colline, surplombant un obscur lac un grand réseau de galerie cyclopéenne pour servir leur sombre seigneur.
De ce front, les légions de l’Empereur ne pouvaient se charger. Car, trop dispersées et déjà au bord de la rupture, il ne pouvait se permettre de déplacer ses troupes pour ouvrir un nouveau front dans les Monts Oréliens. Il était donc forcé de laisser cet adversaire pour le moment passif en paix faute de solution. La solution lui fut offerte par un tout jeune paladin aux origines obscures, membre d’un ordre pieux de frères combattant qui demanda à l’empereur de lui laisser prendre la tête de trente compagnons afin de repousser cet ennemi.
C’est ainsi que Adrien Noirsang pris la tête de trente hommes et chevaucha à bride abattu jusque dans les Monts Oréliens. Très vite, ils rencontrèrent un ost de bêtes difformes. Comme sorties de l’esprit dérangé d’un fou. Créatures porcines bipèdes marchaient aux côtés d’abominations rampantes aux pattes et aux têtes aussi multiples que parfaitement inutiles. Des horreurs et abominations tels qu’ils furent rejoins et secourut lors d’une embuscade par une tribu orc.
Les paladins jouèrent de l’épée et de la masse encore encore et encore. Malgré leur nombre qui n’allait qu’en s’amenuisant, ils ne prenaient pas de repos et taillaient dans cette horde sans fin d’aberration. Les compagnons tombaient les uns après les autres dans des gueules horribles s’ouvrant dans le torse de vieillards en détresse ou par les coups puissants de molosses déformés par les mutations.
Au cœur de l’horreur, les six hommes qui restaient pénétrèrent dans les sombres galeries pour affronter la source de cette corruption.
Adrien Noirsang fut le seul à en ressortir alors que les êtres nés de cette créature s’étaient effondrés.
Alors que l’Empereur l’appelait à ses côtés pour le couvrir de gloire, le jeune paladin ne demanda rien d’autre que la permission d’ériger sur ces terres maudites un castel et d’y rester afin de fonder une famille.


Note de Kamil Al'Azred en page de garde: Rédigé 419 ans après la Guerre du Chaos. Ouvrage intéressant retraçant la Guerre du Chaos et s'efforçant de retracer toute l'histoire du conflit. Malheureusement le seul et unique passage intéressant de cet œuvre est sans doute le plus petit et le moins détaillé de ces chapitres. Le rôle que donne l’auteur aux Hauts-Prélats ainsi qu'aux temples me semble surtout un moyen de faire valider sa thèse.


Dernière édition par Sir Trystepain le Lun 26 Nov - 0:29, édité 3 fois
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Message par Sir Trystepain le Lun 26 Nov - 0:20

Ouvrage issu de la bibliothèque de Kamil Al'Azred

Antre de la Folie, ou la chute d’un héros
, drame en trois actes par Rinaldo Vibolachi


Acte III, Scène 13

Adrien Noirsang est dans la grande salle du trône de son sombre manoir. A la main une épée. L’Ombre se tient à la porte.

ADRIEN : Alors c’est ainsi. Ainsi que les choses s’achèvent. Au soir de ma vie j’aurais vu la victoire des démons. J’ai entendu les bardes chanter mes louanges et mes faits d’armes. J’ai remonté les colonnes de la salle du trône et me suis prosterné devant mon suzerain. J’ai reçus l’ovation d’une foule et reçus les honneurs des plus grands héros de notre temps.

Adrien Noirsang marche de long en large dans la pièce, trainant l’épée qui racle au sol derrière lui comme un boulet.


ADRIEN : Moi qui étais enfant de rien, je me trouvais alors entouré d’hommes si illustres et de si grand personnage qu’aujourd’hui encore je ne me sens pas même le droit de prononcer leurs noms. Je fus élevé parmi les plus grands. Tu m’entends toi ? J’ai ma place parmi les plus grands et cela, jamais tu ne pourras me l’enlever. Peu importe le temps, peu importe ma piètre naissance. Je me suis hissé à la seule force de mon bras et de mon âme jusqu’aux plus hautes marches de ce monde.

Adrien Noirsang lève son épée vers le ciel. L’Ombre s’avance d’un pas.

L’OMBRE : Le temps t’a rendu vieux.

Adrien Noirsang tente de maintenir son épée mais son bras faillit et il ne peu la garder en main.


ADRIEN : SILENCE SPECTRE ! Je vois bien ce que tu tentes de faire mais je n’en ai cure. Jamais tu ne pourras me corrompre. Mon corps faillit peut-être, mais mon esprit restera ferme.

L’OMBRE : Le crois-tu ?

ADRIEN : Je le sais. Je n’ai jamais failli au cour des années. Je n’ai jamais laissé le doute s’insinuer en moi. Je suis descendu dans les souterrains, j’ai affronté tes démons et je t’ai affronté toi. Je n’ai jamais failli à ma mission et je te garderais prisonnier jusqu’au jour où je trouverais un moyen de te vaincre.

L’OMBRE : En auras-tu la force ? Tu étais jeune et vigoureux en ce temps-là. Et tu avais des amis pour te soutenir.

ADRIEN : J’en ai encore. Nombreux sont ceux qui me viendraient en aide. L’Empereur…

L’OMBRE : Mort. C’est son neveu qui siège sur le trône.

ADRIEN : Peu importe. Les Hauts-Prélats…

L’OMBRE : Morts. Et depuis longtemps.

ADRIEN : Les ordres de chevalerie seront…

L’OMBRE : Bien trop occupés à lutter pour leur propre gloire.

ADRIEN : Mais tait toi donc. S’il le faut, tu restera à jamais enfermé. J’y ai veillé.

L’OMBRE : Tes murs sont solides. Tes enchantements puissants. Mais nous ne jouons pas sur le même plan. Pour moi, qu’importe le temps et s’il le faut, j’attendrais des siècles mon heure.

ADRIEN : Elle ne viendra pas.

L’OMBRE : Crois-tu ? Pour cela, il te faudrait des hommes pour l’entretenir. Des hommes pour les renforcer et jamais personne pour la détruire.

ADRIEN : J’ai tout cela.

L’OMBRE : Non, tu ne l’as plus. Chaque jour tes terres dépérissent. Tu as saigné ton domaine pour construire cette horrible bâtisse.

ADRIEN : Elles tiendront.

L’OMBRE : Tu as brisé le dos de tes gens à charrier des pierres pour m’enfermer. Tu as brisé leurs bras pour raser les forêts. Je ne sais ce qui de ma corruption ou de ton obsession causa le plus de ravage.

ADRIEN : C’était ce qu’il fallait.

L’OMBRE : Est-ce ce que tu te répètes lorsque les fantômes viennent te tourmenter ?

ADRIEN : Je suis en paix avec moi-même.

L’OMBRE : Mais l’es-tu avec ces compagnons que tu as abandonné ? Les livrant à mes crocs, profitant que j’étais occupé à les déchiqueter pour te faire héros ?

Adrien ramasse l’épée et se précipite vers l’Ombre.

ADRIEN : TAIT TOI ! TAIT TOI MAUDIT !

L’OMBRE : L’es-tu avec cette épouse que tu as poussé à ce pendre dans les combles, l’enfermant autant que moi alors qu’elle tentait de t’aider.

ADRIEN : JE T’AI DIT DE TE TAIRE !

L’OMBRE : Vois-tu son visage lorsque tu fermes les yeux ? Te rappel-tu de ses mots implorants alors que tu lui arrachais son enfant que tu poussais dans ta folie ?

ADRIEN : ASSEZ MAUDIT !!!

Adrien frappe l’Ombre qui tombe au sol, son voile écarté laissant apparaitre le visage de Lara Noirsang alors que le sang coule de sa plaie.


ACTE III Scène 14

Adam Noirsang entre en courant dans la pièce et se jette sur le corps de son épouse. Adrien recule hébété, lâchant l’épée.


ADAM : Lara ! Lara !! LARA !!!

ADRIEN : Non… Non… Ca n’était pas… ça n’était pas elle… C’est Lui. Encore et toujours Lui.

Adrien griffe son visage, l’air fou.


ADAM : Père… Qu’avez-vous fait ? Pourquoi ?

Adrien part dans un éclat de rire dément.


ADRIEN : Tu ne vois pas mon fils ? Tu ne comprends pas ? Regarde-le !!!

Adrien pointe sur le trône seigneurial L’Ombre assise en majesté.


ADRIEN : C’est lui la cause de tout. C’est lui qui a tout fait.

ADAM : Il n’y a personne père. Il n’y a jamais personne. POURQUOI L’AVEZ-VOUS TUEE !!!

ADRIEN : C’était lui. Lui encore et toujours Lui.

Adam se lève et prend l’épée de son père.


ADAM : Vous m’avez pris ma mère. Aujourd’hui vous me prenez ma dame.

Adam lève l’épée et l’abat sur Adrien.


ADAM : Aujourd’hui j’arracherais votre cœur.

Le rideau s’abaisse.


 
ACTE III Scène 15

NARRATEUR : Ah, spectateurs et amis. Quelle peine et quelle tristesse nous envahissent le cœur à la vue d’un tel spectacle. Quel gâchis furent là ces instants et quels crimes et douleurs nous aurions pu nous épargner si en ce jour père et fils n’avaient pas sombré. Aujourd’hui encore plane sur ces lointains monts quelque obscure nuage. Car depuis lors et ce crime fatidique, que d’horreurs et de monstres n’a renfermé la sombre demeure du plus noir des sangs. Mais ceci mes amis est un autre récit. Laissons là cette sombre affaire. Quittons cette obscure décors et réjouissons-nous de la vie, mordons la sans remord.



Note de Kamil Al'Azred en page de garde: Rédigé 653 ans après la Guerre du Chaos. Torchon lamentable. Brulot anti-aristocratie sans le moindre intérêt. Sans doute un des texte qui a valut à son auteur d'être assassiné sur scène. Cela ou sa passion pour les femmes riches et mariées.
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Message par Sir Trystepain le Jeu 13 Déc - 16:52

Ouvrage issu de la bibliothèque de Kamil Al'Azred


Mémoires de l’Inquisiteur Micelius

Suite à la demande de mon seigneur, j’ai pris la route avec le baron Maltivers de Rabéon, deux compagnies afin d’escorter le 3° régiment du génie. Comme vous l’imaginez fort bien, notre traversée des monts Oréliens pour atteindre le cœur du domaine de Noirsang. Notre progression se fit sans le moindre encombre. Nous avons bien conscience que nous étions observés par les brigands des environs et sans doute quelques reliquats de l’armée seigneuriale de Noirsang, mais notre troupe était bien assez forte et bien assez organisée pour couper court à toute velléité de s’en prendre à nous.

A notre arrivée, rien ne pouvait laisser paraitre un quelconque problème et il s’est avéré que le maître d’œuvre continuait à scrupuleusement respecter votre ordre premier : détruire intégralement et totalement le castel de Noirsang. Une tâche dont lui et ses hommes s’acquittaient visiblement avec entrain et bonne humeur. A ce moment, je mis sur le compte des brigands l’absence totale de messagers.

Les travaux avaient déjà bien commencés et les gens que vous y aviez envoyés avaient bien commencé à déblayer les lieux. Le corps principal de château se dressait toujours au-dessus du lock aux eaux sombres, mais on pouvait aisément voir qu’un cercle extérieur de muraille et de dépendances étaient déjà dans un état de déconstruction plus ou moins avancée. Nous avons donc pris position dans le village et envoyé les hommes du génie afin de porter main fortes aux ouvriers déjà présent sur place. Mais déjà à ce moment, quelque chose dans l’ambiance qui régnait ici me dérangeait. Les locaux étaient craintifs et muets comme des tombes, mais je plaçais cela sur le compte de leurs précédents seigneurs. Au vu du sort qui fut ici réservé aux fils de mon seigneur le Grand Duc et de la réputation exécrable des seigneurs du lieu, je n’ose imaginer ce que ces pauvres ères vécurent au quotidien.

Quelle désespérance de voir une lignée qui avait débuté sur des fondements si illustres tomber dans une telle déchéance. Cela fait des décennies, des siècles même qu’il ne sort plus de cette région des Monts Oréliens que les pires des rumeurs sur leurs obscurs seigneurs. Incestueux, démonistes, dépravés, parricides, matricides et infanticides. Même si certains des membres de cette famille ont parfois rehaussé le niveau et sont parvenus à redorer le blason familial, cela ne fut jamais que temporaire. La noblesse impériale les a toujours laissés au ban de leur rang sans se préoccuper de ce qui arrivait dans le massif du moment que cela ne débordait pas sur leurs terres. Mais lorsque trois des fils de mon seigneur disparurent à leurs portes, on lança une enquête. On découvrit des charniers et des nobles consommateurs de chair humaine aux dents taillés en pointe s’adonnant à des orgies sanglantes. Ce fut la guerre. Noirsang tomba et aujourd’hui, le Grand Duc souhaite rayer le domaine, son castel et cette sombre page de l’histoire du royaume.

Quoi qu’il en soit, ce qui me dérangea était une forme de présence bien plus dérangeante, bien plus pernicieuse. Je la sentais dans chaque bouffée d’air, chaque bouchée de nourriture ou chaque verre d’eau. Il y avait ici quelque chose qui semblait altérer et dégrader même la plus élémentaire des choses. Seul de longs moments de recueillement dans la chapelle parvenait à m’apaiser. Aussi je fini par y passer mes journées et mes nuits. M’abimant dans une ferveur qui me surprenait moi-même mais qui se trouvait auto-motivée par cette impression étrange qui menaçait ma prière finie de venir m’engloutir.

Les choses tournèrent mal au début du la second mois. Ce fut là que les premières disparitions commencèrent. Ce fut d’abord un homme. Puis deux, puis cinq, puis dix. Nous avions l’impression d’être attaqué de toute part par un adversaire insaisissable qui frappait au hasard et sans la moindre raison. Nous retrouvions parfois les hommes perdus au débouché de cavernes éloignées sur le domaine. Proprement égorgés ou à moitié dévorés. C’était les plus chanceux. D’autres se contentaient simplement de disparaitre pour ne plus jamais revenir tandis que nous en retrouvions certains à moitié mort de faim et de soif, délirant sur des ciels de feu, des océans de sang et bien d’autres récits encore.

J’ai mené de nombreuses expéditions pour tenter de me défaire de cette menace constante, mais nous n’avons jamais saisit personne et la citadelle elle-même semblait se jouer de nous ou nous provoquer. Nous avions beau tenter de suivre les plans dont nous disposions, rien n’y faisait et nous finissions par errer des heures dans ces couloirs ou ces maudites grottes. Un escalier d’une trentaine de marches donnant sur un mur, des couloirs qui ne donnaient sur rien et ne semblaient être construite que pour le plaisir de vous faire tourner en rond. Rien dans ces bâtiments et ces catacombes n’a de sens. Nos plans sont faux, cette architecture ne semblait pas avoir le moindre sens pratique ou esthétique.

Les premiers problèmes de chantier ont commencé à cette période. Plusieurs accidents se sont alors produits. Nous avons perdu trois hommes lors de l’effondrement d’un échafaudage. Des intempéries nous ont forcé à arrêter les travaux pendant presque une semaine entière. A quatre reprises les convois de ravitaillement furent attaqués sur la route par des bandits surprenamment efficace. J’ai eu beau questionner les habitants du bourg et passer certains des plus suspects à la question, je n’ai jamais pu arracher de confession valable de leur complicité. Tout comme je n’ai jamais pu voir autre chose qu’une terrible malchance dans les accidents de chantiers qui se multipliaient de plus en plus. Chaque jour semblait avoir sa victime. Mais cela n’empêchait pas votre maître d’œuvre de poursuivre les efforts avec un enthousiasme galvanisant qui malgré les déconvenues semblait de plus en plus contaminer les hommes du génie qui épaulaient les ouvriers.

Et toujours les plans du castel et de ses sous terrain me tourmentaient sans que je ne parvienne à percer leurs sombres secrets. Entre cela et cette présence que je sentais toujours plus obsédantes, je n’en dormais presque plus et l’obsession me gagnait de plus en plus. Ce fut Maltiver qui découvrit le détail qui allait me faire comprendre notre erreur. L’un des couloirs semblait prendre la forme d’une rune.

De là, tout m’apparut comme limpide. Les corridors aux angles étranges, les escaliers ne menant nulle part. Mon esprit tournait à grande vitesse alors que je reprenais les plans du castel et des catacombes, découvrait ici des runes de protection du langage des nains. Là, un cercle gardien du culte d’Abadar ou encore d’anciens glyphes de Sarenrae. Des glyphes et des protections qui s’insérait dans toute la structure du bâtiment à un étage ou entre différents étages. Un caléidoscope géant se déployait devant mes yeux. Une toile démente et sublime où semblait s’être affronter ceux qui voulait rajouter ou abattre les protections rendant le tout d’une absolue confusion.

Je sautais de joie en comprenant enfin que je tenais là une arme. J’avais enfin trouvé une logique qui allait me permettre de lire ces plans, de les comprendre et de m’orienter. Mais heureux les simples d’esprits. Une fois que l’on a acquis une connaissance, il est impossible de l’oublier et la joie d’avoir décrypté ces plans ne put me priver de la vertigineuse et insondable peur qui me prit alors au ventre. Nous détruisions cet enchevêtrement de protection.

J’ignorais et j’ignore toujours tout de la raison qui poussa des hommes à réaliser un pareil édifice et je ne veux pas le savoir. Mais je sentais au fond de moi se former une boule d’angoisse à la simple idée que nous en venions à mettre tout cela au sol. Une crainte d’autant plus virulente que je me rendais compte alors des tours et des dépendances que nous avions alors abattus. La perspective que nous ayons fait quelque chose de pire depuis notre arrivée que les Noirsang au cour de toute leur existence me donna des sueurs froides.

Avec précipitation, je quittais mon modeste logis et rassemblait des hommes pour gagner le site de déconstruction. J’avançais à la lueur de ma torche sur le chemin, cherchant à éviter les pièges boueux du sentier, guidé par la masse sombre de la grande bâtisse. Les coups de pioches réguliers que j’entendais m’inquiétaient. La nuit tombait et les travaux auraient dut s’arrêter depuis longtemps.

Sur le site, je n’eus aucune difficulté à trouver le maître d’œuvre et les quelques hommes qu’il dirigeaient et qui continuaient à chercher à abattre des pans de mur avec une joie extatique.

Je n’eus guère de temps pour tenter de les raisonner avant qu’ils ne tentent de nous agresser moi et mes hommes à l’aide de leurs pioches. Jurant et m’insultant dans une langue que je ne parvenais pas à comprendre faite de sons gutturaux et de borborygmes ineptes. Le combat fit rage et les soldats me semblaient tomber comme des mouches sous les coups de ces déments qui ne ressentaient pas la peur ni la douleur.

Mais lorsque la tête du dernier d’entre eux roula sur le sol, je la sentis.

Juste derrière moi. Tapie dans l’ombre. Je percevais les légers frottements de sa peau, le sifflement dans l’air de chacun de ses appendices. Il n’y avait rien à dire. Rien à faire. Je me sentais comme un moucheron pris dans la toile d'une horrible tarentule. Une simple fourmis qui vois approcher la botte qui va l'écraser. Je présentais ma fin sans parvenir ne serais-ce qu'à saisir l'horreur de ce qui allait m'écraser. Alors que le dernier des rayons du soleil disparaissait à l’horizon, mon regard se porta vers les tours de la demeure qui semblaient prêtes à plonger dans un abime obscur et sans fond.

J’eus alors la certitude que l’abime m’observait lui aussi.




Note de Kamil Al'Azred en page de garde: Rédigé 957 ans (environ) après la Guerre du Chaos. Ouvrage à l'histoire surprenante. L'inquisiteur qui le rédigea a semble-t-il sombré dans la folie après l'épisode décris ici au point qu'il fut enfermé dans sanatorium où il rédigea ses mémoires. Les troupes du Grand Duc se retirèrent de Noirsang et cessèrent tout travaux après un glissement de terrain qui emporta un tiers de leurs hommes et la totalité de leur matériel. Les rapports que j'ai pu consulté sur son état de santé de l'inquisiteur montrait une folie frénétique d'une grande violence et pourtant, cet ouvrage semble avoir été rédigé par une personne calme et très analytique. Apparemment, cet exercice était la seule chose qui parvenait à le calmer. La suite du récit est une description détaillée des horribles cauchemars et des visions folles qui tourmentèrent l'inquisiteur jusqu'à ce qu'il s'ouvre la carotide avec la plume dont il se servait pour rédiger cet ouvrage. Mais je ne sais pas vraiment comment il me faut considérer ce récit.
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